Selon une enquête publiée mercredi par le cabinet WTW, le paysage des rémunérations en France est en pleine mutation. Moins d’un tiers des entreprises prévoient encore d’accorder des augmentations générales en 2026, contre 61 % en 2025. Cette tendance s’inscrit dans une logique d’individualisation quasi-systématique des hausses de salaire, où l’accent est mis sur la reconnaissance du mérite plutôt que sur une augmentation uniformisée pour tous. Le changement reflète une volonté des entreprises de différencier leurs investissements humains afin de favoriser la performance et la transformation organisationnelle.
Les projections indiquent que l’augmentation médiane des salaires en France sera stable à environ 3,1 % en 2026. Toutefois, cette stabilité masque une nouvelle dynamique dans la répartition des augmentations, qui seront davantage orientées vers des dispositifs d’arbitrage qualitatif. « L’enjeu n’est plus d’augmenter tout le monde pour compenser l’inflation, mais de différencier les talents pour soutenir la performance et la transformation des organisations », explique Khalil Ait Mouloud, directeur de l’activité enquêtes de rémunération chez WTW. Ce glissement vers une individualisation accrue s’accompagne d’un souci d’équité interne, notamment à l’égard de la directive européenne sur la transparence salariale, qui impose plus de clarté dans la rémunération des employés.
Les entreprises françaises adoptent une approche plus sélective, privilégiant la qualité des arbitrages plutôt que l’augmentation du volume global des budgets.
En matière d’équité, près de 46 % des entreprises françaises comptent prévoir une partie de leur enveloppe salariale pour rattraper les écarts de rémunération non justifiés entre femmes et hommes, notamment ceux qui résultent d’un manque de transparence ou de biais inconscients. Ce chiffre est en hausse par rapport à 40 % en 2025, témoignant d’une prise de conscience accrue face à la nécessité d’équilibrer les traitements. Par ailleurs, la prudence domine : les entreprises françaises dont le siège est en France ne prévoient en moyenne qu’une augmentation de 2 %, en légère baisse par rapport à 2,2 % l’année précédente, en raison de la croissance économique modérée et de la pression persistante sur les coûts. Ces tendances contrastent avec celles des filiales de groupes étrangers, qui ont tendance à maintenir des budgets plus conséquents.
Au niveau européen, la tendance s’inscrit dans une légère convergence avec la moyenne continentale, qui prévoit une augmentation de 3,2 %, légèrement supérieure aux 3,1 % prévus en France. Comparés à l’Allemagne, le Canada ou encore les États-Unis, où les hausses médianes se situent respectivement à 3,4 % et 3,5 %, la France demeure dans une fourchette moyenne, illustrant un contexte économique encore prudent. La stabilité des secteurs, notamment dans les industries, la distribution ou les services, montre que ces évolutions salariales restent modérées et équilibrées, même si elles témoignent d’une volonté de mieux cibler la reconnaissance des performances individuelles.
