Aux États-Unis, la police peut maintenant fouiller dans les recherches Google | Le site de Korben

Une nouvelle décision de la Cour suprême de Pennsylvanie bouleverse profondément le paysage de la vie privée numérique aux États-Unis. En validant ce qu’on appelle un “reverse keyword search warrant”, les forces de l’ordre peuvent désormais obtenir directement auprès de Google la liste de toutes les personnes ayant recherché un terme précis durant une période donnée. Cette mesure, qui remonte à une affaire de 2016, a permis à la justice d’arrêter un violeur en série, mais soulève de nombreuses inquiétudes quant à la multiplication des dérives potentielles.

Le cas concerne John Kurtz, qui avait effectué plusieurs recherches liées à une adresse spécifique, précédant l’agression dont il était accusé. La police a exigé de Google la liste des utilisateurs ayant recherché cette adresse, un mandat qui a finalement permis de relier Kurtz à plusieurs agressions, avec une condamnation allant jusqu’à 270 ans de prison. La défense avait contesté la légalité de cette procédure, arguant du fait qu’elle violait le 4ème amendement sur les perquisitions abusives, mais la Cour a tranché en faveur de l’État, invoquant la “third-party doctrine”.

Ce jugement ouvre la porte à une surveillance de masse, rendant la confidentialité des recherches en ligne de plus en plus fragile.

Selon la décision, dès lors qu’une information est partagée avec un tiers, comme Google, celle-ci ne bénéficie plus d’un droit absolu à la confidentialité. L’un des juges a toutefois mentionné qu’en utilisant un VPN, l’utilisateur aurait pu éviter cette surveillance. Mais cette nuance ne change pas la donne : la majorité voit dans cette pratique une étape nécessaire pour lutter contre le crime, alors que ses détracteurs dénoncent une atteinte grave aux libertés individuelles. La juge Christine Donohue a exprimé ses inquiétudes : ce type de mandat pourrait facilement être étendu à des recherches à caractère politique, ou sur des sujets sensibles comme l’avortement ou l’immigration.

La possibilité pour la police d’accéder à ces données ouvre une voie inquiétante pour la surveillance de masse, notamment dans un contexte où les mesures conservatrices se durcissent, notamment avec les rafles d’immigration ou la répression politique. Google affirme disposer de protections rigoureuses, mais, comme le souligne un expert, la tentation de coopérer en évitant des procès coûteux pourrait favoriser une collaboration plus large avec les autorités. La question demeure : combien de temps avant que cette jurisprudence ne fasse tache d’huile dans d’autres États ou pour d’autres types de recherches ?

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