Quand X récompense ceux qui propagent de fausses infos après un attentat | Le site de Korben

Pour ceux qui auraient manqué une information cruciale, le 14 décembre dernier, deux terroristes ont tiré lors d’une célébration de Hanoukka à Bondi Beach, Sydney, faisant 15 victimes. Dans les minutes qui ont suivi, une vague de désinformation a déferlé sur les réseaux sociaux, notamment sur X, anciennement Twitter, aggravant la confusion et la haine. Mais ce qui attire particulièrement l’attention, c’est l’incroyable facilité avec laquelle des fausses informations ont été relayées, malgré la présence de mécanismes comme les Community Notes, censés corriger ces erreurs.

Toutefois, ces dispositifs apparaissent largement inefficaces. Selon le Center for Countering Digital Hate, 74% de la désinformation liée aux élections américaines de 2024 n’a jamais reçu de mention corrective, et lorsqu’une communauté intervient, cela peut prendre entre 7 et 75 heures pour que la correction soit diffusée. À une époque où la vitesse de propagation de l’information est cruciale, cela laisse un écart immense, laissant la place aux fake news de s’enraciner et de se propager rapidement, comme le souligne une étude du MIT révélant que les fausses informations voyagent six fois plus vite que les véritables.

La monétisation sur X favorise la diffusion de contenus sensationnalistes et faussement scandaleux, ce qui aggrave la crise de désinformation.

Un exemple édifiant est la vidéo initialement présentée comme des « célébrations arabes » après l’attentat, qui s’est avérée être un simple feu d’artifice de Noël, filmé des mois à l’avance. Cette fausse information a accumulé des millions de vues avant d’être démentie, illustrant la vitesse à laquelle les fausses nouvelles peuvent prendre le dessus sur la réalité. Mieux encore, l’intelligence artificielle, comme Grok d’Elon Musk, a même inventé un héros fictif, « Edward Crabtree », censé avoir désarmé les terroristes, alors que le vrai héros, Ahmed al-Ahmed, un Australien d’origine syrienne, passait presque inaperçu malgré ses actions héroïques.

Ce phénomène est accentué par le modèle économique de X, qui récompense financièrement ceux qui génèrent le plus d’engagement, indépendamment de la véracité des contenus. Plus un post suscite de réactions, plus il est lucratif, ce qui incite certains à poster des fausses informations alarmantes ou sensationnelles, même si elles sont totalement fausses. Cela crée un environnement où la recherche du buzz prime sur la vérité, nourrissant ainsi un cycle vicieux de désinformation et de haine.

Ce système de monétisation, combiné à la culture de l’engagement à tout prix, est une véritable « feature » pour certains créateurs de contenus, qui n’hésitent pas à diffuser le plus de fake news possible pour maximiser leurs gains. La conséquence directe : des victimes innocentes, menacées ou harcelées, comme l’homme d’affaires pakistanais portant le même nom que le tireur, qui a été victime d’un lynchage numérique après une erreur d’identification. Le vrai héros, par contraste, doit souvent creuser pour faire entendre sa voix, alors que la fausse information se répand comme une traînée de poudre.

Tant que l’engagement restera la métrique reine et que les plateformes paieront au buzz plutôt qu’à la véracité, nous continuerons à subir ces dérives horribles.

En résumé, la situation actuelle illustre un paradoxe inquiétant : alors que des outils comme les Community Notes tentent de limiter la propagation de fausses informations, leur efficacité est fortement limitée par la logique commerciale qui prévaut sur ces plateformes. La course au clic et à l’engagement, plutôt qu’à la vérité, alimente un cycle vicieux où la désinformation devient une arme de plus en plus performante.

Il est crucial d’interroger l’avenir de l’information en ligne et de réfléchir à des modèles plus responsables, afin de limiter l’impact néfaste de ces fake news, surtout lorsque leur propagation peut avoir des conséquences aussi tragiques que celles d’un attentat. La lutte contre la désinformation ne doit pas seulement reposer sur des outils techniques, mais aussi sur une responsabilité collective, tant des plateformes que des utilisateurs.

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