5 ans de prison pour avoir codé un portefeuille Bitcoin un peu trop respectueux de la vie privée | Le site de Korben

Une nouvelle affaire judiciaire aux États-Unis fait trembler la communauté des développeurs spécialisés dans la cryptographie et la protection de la vie privée. Keonne Rodriguez, le créateur du portefeuille Bitcoin open source Samourai Wallet, a été condamné à cinq ans de prison pour avoir développé un logiciel permettant d’anonymiser les transactions Bitcoin de ses utilisateurs. Cet épisode soulève de nombreuses interrogations sur la place de la vie privée dans le contexte légal américain, où la simple création d’outils de chiffrement ou de pseudonymat pourrait être criminalisée.

Samourai Wallet, lancé en 2015, avait pour objectif d’offrir aux utilisateurs un moyen plus sécurisé et privé d’utiliser leurs bitcoins. La technique phare, appelée “coin mixing”, permettait de brouiller les pistes en mélangeant plusieurs transactions pour rendre leur traçage quasi impossible. Cependant, cette même fonctionnalité a été perçue par les autorités comme facilitant le blanchiment d’argent et d’autres activités illicites. En avril 2024, le FBI a effectué une perquisition agressive au domicile de Rodriguez, accusé de blanchiment d’argent et d’exploitation d’une entreprise de transmission monétaire non autorisée, impliquant plus de 237 millions de dollars selon le gouvernement.

“Si vous dites que la vie privée financière est un crime, alors vous dites que la liberté est un crime.”

Rodriguez insiste sur le fait qu’il n’a fourni qu’un outil logiciel, sans jamais avoir eu accès aux fonds ou connaître les fins d’utilisation de ses clients. Pourtant, la justice américaine considère que créer un tel logiciel est en soi une activité criminelle, indifférente à l’usage qui en est fait. Le fait que Samourai Wallet soit open source et disponible publiquement sur GitHub n’a pas dissuadé la poursuite judiciaire, qui cherche à criminaliser la simple conception de technologies facilitant l’anonymat financier.

Ce cas marque un précédent alarmant : il illustre comment, sous prétexte de lutter contre le crime organisé, l’État américain tend à criminaliser des outils fondamentaux de la vie privée. La déclaration de Rodriguez, selon laquelle “la vie privée financière est une liberté”, résume la tension croissante entre la sécurité nationale et les droits individuels. La question demeure : jusqu’où peut aller la répression contre ceux qui œuvrent pour protéger leur vie privée à l’ère du numérique ?

Les réactions ne se sont pas faites attendre. Le défenseur de Rodriguez, son avocat, a tenté de négocier une peine plus clémente en soulignant l’absence d’antécédents criminels et le rôle de père de famille de l’accusé. Néanmoins, le juge a décidé d’appliquer la peine maximale, laissant peu d’espoir à une issue favorable à court terme. Cependant, une lueur d’espoir subsiste avec la déclaration récente de Donald Trump, qui pourrait examiner la possibilité d’une grâce présidentielle. Rodriguez, malgré tout, reste confiant dans cette perspective, même si le processus pourrait prendre du temps.

Ce jugement sert de triste rappel que, en dehors de la réglementation, il faut aussi faire attention à ne pas criminaliser l’innovation et la liberté d’expression technique. La fin de l’article résume ainsi la situation : “Si vous codez des outils pour protéger la vie privée de vos utilisateurs, assurez-vous avant que ça ne ‘facilite pas le crime’.” La question de la liberté technologique et des outils de chiffrement reste un débat ouvert, avec, pour l’instant, un exemple concret de ce que peut devenir l’activisme en faveur de la vie privée dans un cadre légal strict et parfois éloigné des principes fondamentaux de liberté.

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