“30% de métiers supprimés sur 30 ans, c’est possible, sur 3 ans, on ne sait pas faire” : l’IA menace 16% des emplois en France sous deux à cinq ans (et encore plus les Parisiens et les cadres)

Selon une étude récente, l’arrivée de l’intelligence artificielle dans le secteur professionnel pourrait avoir des conséquences majeures sur l’avenir de l’emploi en France. Actuellement, 3,8% de l’emploi est considéré comme fragile face à cette technologie, mais les projections pour les deux à cinq prochaines années sont alarmantes. L’étude, réalisée par la compagnie d’assurance Coface en partenariat avec l’Observatoire des emplois menacés et émergents (OEM), prévoit que près de 16,3% des postes, soit environ 5 millions de travailleurs, pourraient être menacés par l’essor rapide de l’IA.

Les professions les plus vulnérables seraient celles exercées dans l’architecture, l’ingénierie (26,9%), l’informatique et les mathématiques (24,9%), ainsi que le soutien administratif et de bureau (23,8%). Le secteur créatif, comprenant les arts, le design, le spectacle, le sport et les médias, n’est pas en reste avec un taux de menace de 23,8%. Même les professions juridiques sont concernées, avec 21,6% de risque. Ces chiffres illustrent une menace surtout ciblée sur les métiers qualifiés, souvent très rémunérés, principalement peuplés de cols blancs.

Ce phénomène pourrait non seulement transformer l’emploi mais aussi avoir des répercussions considérables sur les finances publiques françaises, en affectant notamment les recettes liées aux cotisations sociales et en augmentant le nombre de demandeurs d’emploi.

Les implications économiques sont préoccupantes : une diminution des cotisations sociales pourrait entraîner une dégradation du financement de la protection sociale, tandis que le chômage pourrait grimper dans les grandes métropoles. En effet, près d’un emploi sur cinq à Paris, 18% à Lyon et Toulouse, serait en danger. À l’inverse, dans des villes plus petites comme Avallon ou Briançon, ces impacts seraient bien moindres, avec moins de 13% des emplois menacés. L’économiste Aurélien Duthoit souligne que l’impact de l’IA pourrait être particulièrement fort dans les régions aujourd’hui économiquement favorisées, en modifiant le poid des métropoles au profit des zones rurales.

La rapidité d’adoption de cette technologie constitue un enjeu crucial. Si l’intégration de l’IA se fait sur une période de 30 ans, il sera envisageable d’adapter la formation des travailleurs et de réorienter leur parcours professionnel. Cependant, une transition fulgurante de trois ans ou moins pourrait s’avérer catastrophique, laissant peu de marges pour s’adapter. Selon Yann Ferguson, sociologue spécialisé, les entreprises ont tout intérêt à alimenter le récit d’une adoption rapide afin de stimuler les investissements, mais la réalité pourrait être moderée par la lenteur naturelle des processus organisationnels.

Malgré ces avancées technologiques, les gains de productivité liés à l’IA ne sont pas encore clairement visibles à l’échelle macroéconomique. Par ailleurs, l’histoire de l’économie montre que d’autres innovations, comme internet, ont parfois créé plus d’emplois qu’elles n’en ont détruit. À ce stade, les entreprises qui exploitent déjà l’IA ont tendance à embaucher davantage, atténuant en partie la peur généralisée. La question centrale devient alors : comment évolueront la nature du travail et les compétences requises ? Désormais, il ne s’agira peut-être plus uniquement d’effectuer des tâches, mais aussi de les surveiller ou de les relire. La menace ne réside pas seulement dans la suppression d’emplois, mais dans une transformation profonde du contenu professionnel des travailleurs.

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